Rien n'indique que tout n'aille pas pour le mieux

Nouveau visionnage de Blue Velvet hier. Pas grand-chose à ajouter aux articles précédents, à part que le film frappe plus fort à chaque coup. 


Deux scènes particulièrement marquantes, pour ce qui est des "décalages discrets mais brillants"

1. Quand Jeff se fait tabasser par Frank et ses potes, de nuit, dans un décor industriel désaffecté. La scène est censé être une sorte de climax de peur pour le spectateur, qui se demande si Jeff-le-protagoniste va y passer. Or, c'est ce moment que choisit une quarantenaire blonde en jupe rose pour grimper sur le toit de la voiture et se lancer dans une danse aussi lancinante que kitsch et inquiétante.

2. Ce qui est peut-être mon détail préféré : vers le début du film, avant que les choses ne deviennent vraiment bizarres, Jeff se balade dans les rues de Lumberton, de nuit. Il croise un homme qui promène un petit chien. Sauf que l'homme et le chien sont immobiles. Des statues, pendant dix ou quinze secondes. Rien n'indique que Jeff trouve ça anormal.

Salut les bébés. Bienvenue sur Terre.

Entretien avec Philippe Beyvin des éditions Gallmeister (collection Americana) à propos de Kurt Vonnegut.


À l'heure de la publication française de Nuit Mère, suite de notre "dossier Vonnegut", débuté avec cet article et destiné à s'élargir au gré des envies. L'idée d'interviewer ses éditeurs français est née d'une impression : celle de rarement entendre parler de lui dans l'hexagone. Un sentiment confirmé, par exemple, par cette remarque sur le site de Monsieur Toussaint Louverture : "Allez en bibliothèque, cherchez Kurt Vonnegut et lisez. Faites-le, c’est tout. L’un des plus grands romanciers américains, en plus vous pourrez faire le malin en soirée, parce que personne ne le connaît."

Aux États-Unis, Vonnegut est considéré comme l’un des grands écrivains contemporains. On l’étudie à l’école. Il a vendu plus de dix millions de livres. Qu’en est-il en France ? Corrigez-moi si je me trompe, mais ici, j'ai l'impression qu'il est injustement ignoré. 

Injustement ignoré en France est sans doute un peu exagéré : la quasi-totalité de son œuvre romanesque a été publiée de son vivant (seul son dernier roman n'a pas été traduit), ainsi que nombre de ses essais. Je crois plutôt qu'en France, il n'est toujours pas connu à la hauteur de l'importance de son œuvre et de la place qu'il occupe dans le panthéon des lettres américaines.

Éditer ou rééditer Vonnegut en France, est-ce donc un pari risqué ? Les romans que vous avez publiés ont-ils trouvé leur public ? 

Quand on réédite des ouvrages, on se place dans un temps long. Éditer l'œuvre de Vonnegut aujourd'hui n'est pas un pari risqué parce que cela s'inscrit dans une démarche globale de la maison, avec la collection totem, de refaire découvrir des classiques de la littérature américaine, en complément du passage de nos propres titres dans cette collection. Pour répondre plus précisément à votre question, les livres que nous avons publiés se sont vendus autour de 3 000 exemplaires, ce qui reste très honorable même si décevant au regard de l'importance de l'œuvre de Vonnegut…

L'art de la farce

Quelques réflexions sur la narration et son enseignement, par Kurt Vonnegut. 


En plus d'être l'un des plus grands romanciers américains du vingtième siècle, Kurt Vonnegut a enseigné le creative writing pour l'Université de l'Iowa. Pour bien commencer la rentrée, nous avons traduit les quelques extraits d'interviews suivants.

Pensez-vous que l’art de la narration puisse vraiment s'enseigner ?

Oui, de la même façon que le golf : un professionnel peut t’indiquer les défauts les plus flagrants de ton swing. Certains de mes élèves ont fini par publier de merveilleux livres. Gail Godwin, John Irving, Jonathan Penner, Bruce Dobler, John Casey et Jane Casey. Maintenant je ne veux plus enseigner, mais je connais bien la théorie.

Pouvez-vous formuler cette théorie en quelques mots ?

Paul Engle, le fondateur du Writers Workshop de l’Iowa, l’a déjà fait. Un jour il m’a expliqué que, si jamais son atelier obtenait un bâtiment, la devise suivante serait gravée sur la porte : « Ne prenez pas tout ça trop au sérieux ».

En quoi cela aiderait-il les apprentis écrivains ?

Ça leur rappellerait qu’ils sont ici pour apprendre l’art de la farce.

De la farce ?

Une sorte de divertissement

À propos de Cadavre Expo , première publication en français d'Hassan Blasim.  « Souvent on entends dire que la vie ‘suit son cours...